-Bonsoir
-Toi?
-C'est une bonne chose.
Moi ? Quelle importance ?
-Oui et c'est sincère en plus.
Ca ne va pas?
-Si, je crois.
On n'en est jamais certain.
-Non
Le livre que j'écris fait 120 pages pour l'instant, et c'est tout ce qui m'importe.
-C'est un beau projet.
Moi aussi j'aimerai écrire (avec ma sale orthographe).
Je trouve ça intime, ça l'est.
-Oui
-Ecrire te fait du bien.
Ca parle de quoi?
Aurais-je une réponse?
-Tu n'en auras pas, mais uniquement parce que je suis incapable de dire de quoi ça parle.
J'veux dire, je ne saurais pas par où commencer.
-Pour qui écris-tu?
-Pour la postérité ?
-Mdr
Quand on écrit, c'est peut être pour être lu?
Par qui? n'importe qui? seulement toi?
-J'espère le publier un jour.
Je n'y crois pas, mais j'essayerai.
-C'est possible.
-C'est le parcours vide d'un garçon de notre âge, enfin, vingt-deux ans.
Jeune quoi.
-Où vit-il ?
-Paris, dans le quartier latin
-A t-il un prénom?
-Stanislas
-Un nom?
Stanislas seul.
-Oui
-Il parle à la première personne du singulier?
-Oui
-Ou parles-tu pour lui?
-C'était une sensation étrange au début.
-Schizo
-Parce qu'avant j'écrivais à la troisième.
Oui
Il a une copine?
-C'est ambigüe, ce n'est pas officiel, il s'en fait une enfin c'est compliqué et ça ne dure pas.
-Je vois bien
-C'est un artiste et elle devient sa muse en fait.
-Un artiste qui fait des études de finance ou un artiste qui galère?
-Un artiste qui a arrêté les cours pour être libre.
-Tu connais un Stanislas?
-Non, un acteur s'appelle comme ça.
-Lequel?
-Je ne sais pas
Il a joué dans une pièce il n'y a pas longtemps, une pièce de Florian Zeller, L'Autre, avec Aurélien Wiik et Sarah Forestier.
-Aimerais-tu être Stanislas?
-Ca serait tragique de le vouloir puisque je dénonce, mais je voudrais avoir sa liberté.
-Tu aimes ce que tu écris?
-Non
-Pourquoi tu continues alors?
-Je suis insatisfait mais j'y suis attaché.
Quand je fais lire des passages, les gens aiment, même si je ne me fie pas à leur avis.
-C'est toujours un peu de toi, ce que tu écris.
-Oui
Mais ce n'est pas de l'autofiction, c'est une histoire inventée mais les émotions, les sentiments, c'est évident que je les partage.
-Quand j'écris moi, je suis souvent dans un état émotionnel important, c'est presque mauvais, j'ai une relation trop émotionnelle à l'écriture.
Plus que face à une image.
-L'écriture, c'est un vertige.
-Je crois que je suis devenu imperméable aux images et que je découvre l'écriture.
-Je ne sais pas j'aime beaucoup les deux.
Si je publie mon histoire, je rêverais de la mettre en image.
-Un film tiré d'un roman!
-Dans la manière que j'écris, j'ai l'impression que c'est cinématographique.
-Fais attention.
-Le problème, c'est que si je le publie je vais me sentir vulnérable.
-Oui c'est montrer son "âme" au public.
-Non, ce n'est pas ça.
Ca va te paraitre absurde.
-Les critiques?
-Je sais que je peux pas mourir avant de publier quelque chose.
Quand je traverse une rue, je sais que je ne vais pas me faire renverser, j'ai l'impression d'être là pour ça, écrire.
J'ai besoin de laisser une trace derrière moi, d'avoir fait quelque chose de durable.
Une fois que ce sera fait, je serais cuit.
-Ecrire, dans quel but?
Juste laisser une trace?
-Pas seulement, mais également écrire pour trouver un sens.
-Ca peut devenir frustrant.
Ecrire pour trouver un sens, tu crois que l'écriture permet ça?
-Si on est doué pour quelque chose, il faut se servir de ce don, si toutefois il existe, ça signifie que ta mission est de faire ça.
-Excuse moi je dois te laisser.
-Après pour moi, publier, c'est laisser une trace, oui. Je meurs, mais mon livre reste. Je reste un peu, quoi.
-Tu peux continuer si tu veux, je te lirai.